L’essentiel
- En un an, la part des DAF qui utilisent l’IA générative sur plus de cinq cas d’usage est passée de 7 à 44 % dans le panel interrogé par McKinsey.
- Là où l’adoption est solide, les équipes financières passent 20 à 30 % de temps en moins à traiter des données.
- La valeur mesurée reste modeste : le retour sur investissement médian plafonne à 10 %, et plus de la moitié des dirigeants financiers ne savent pas le chiffrer.
- Le vrai goulet d’étranglement est la donnée : 76 % des trésoriers la citent comme obstacle à la prévision.
Une adoption qui a changé d’échelle en un an
La direction financière n’observe plus l’IA de loin. Dans une enquête menée auprès de 102 directeurs financiers, McKinsey relève que 44 % d’entre eux utilisent l’IA générative sur plus de cinq cas d’usage en 2025, contre 7 % un an plus tôt1. Les usages couvrent désormais tout le cycle de la fonction : prévisions, analyse des écarts, clôture, achats.
Le premier effet se mesure en temps. Là où l’adoption est solide, les financiers consacrent 20 à 30 % de temps en moins au traitement des données1. Ce temps était celui de l’extraction, du retraitement et du rapprochement, autant de tâches qui précèdent l’analyse sans jamais la remplacer.
Les DAF savent que leur fonction en sortira changée. Selon Accenture, 97 % d’entre eux pensent que l’IA va modifier ce qu’on attend de leur rôle, et 72 % placent la planification et l’analyse financière en tête des sources de valeur2. Le centre de gravité se déplace : de la production des chiffres vers leur interprétation.
Une fonction finance qui bascule
des DAF utilisent l’IA générative sur plus de cinq cas d’usage en 2025, contre 7 % un an plus tôt
McKinsey, 2025de temps en moins passé à traiter des données, là où l’adoption est solide
McKinsey, 2025des DAF placent la planification et l’analyse financière en tête des sources de valeur
Accenture, 2024Un retour sur investissement encore modeste
L’adoption rapide masque un constat moins flatteur. Dans une enquête du BCG auprès de plus de 280 dirigeants financiers, le retour sur investissement médian de l’IA dans la fonction finance s’établit à 10 %3. Environ un tiers des répondants ne constatent que des gains limités, et 55 % ne savent tout simplement pas chiffrer ce que l’IA leur rapporte3.
Le paradoxe est frappant : la fonction chargée de juger la rentabilité des investissements de l’entreprise peine à mesurer celle des siens. Il s’explique en partie par la nature des gains. Une heure gagnée sur un rapprochement n’apparaît pas dans le compte de résultat tant qu’elle n’est pas réaffectée à un travail qui crée de la valeur.
Les équipes qui obtiennent le meilleur retour partagent une méthode simple, selon le BCG : elles ciblent la valeur dès le départ, avancent par étapes et mesurent avant d’étendre3. Elles traitent chaque cas d’usage comme un investissement, avec une situation de référence, un objectif chiffré et une revue à date fixe.
La fonction qui mesure la rentabilité de l’entreprise doit d’abord savoir mesurer celle de son IA.Notre lecture
Trésorerie : l’ambition bute sur la donnée
La trésorerie illustre bien l’écart entre l’intention et la maturité. Dans l’enquête mondiale de PwC auprès de 350 trésoriers, 74 % développent ou utilisent déjà l’IA, mais 26 % seulement jugent leur capacité mature4. Les usages visés sont pourtant clairs : prévision de trésorerie, visibilité sur le cash, détection d’anomalies et de fraude, rapprochements, collecte des expositions.
L’obstacle principal n’est pas l’outil. 76 % des trésoriers citent la qualité des données comme frein à la prévision4. Le BCG en tire une recommandation d’architecture pour toute la fonction finance : une couche sémantique commune, c’est-à-dire des définitions financières harmonisées que tous les outils partagent, et une traçabilité prévue dès la conception5. Sans ce socle, un agent qui calcule une marge selon une définition différente de celle du contrôle de gestion produit du bruit, pas de l’analyse.
Reste la question des compétences. 54 % des trésoriers apprennent l’IA par eux-mêmes, et 8 % seulement recrutent des profils spécialisés4. L’autoformation a le mérite de la rapidité ; elle a le défaut de laisser chacun construire ses propres pratiques, sans règles communes de contrôle.
Trésorerie et IA : l’intention devance la maturité
Source : PwC, 2025 Global Treasury Survey, juin 2025 (350 trésoriers, monde)
Du reporting au conseil
Les tâches que l’IA prend en charge dessinent en creux le nouveau métier. Analyse des écarts budgétaires, scénarios formulés en langage naturel, prévisions, rapprochements, affectation des encaissements, repérage des fuites sur les contrats fournisseurs : ce sont des travaux de préparation15. Ce qui reste au financier, c’est la question à poser, l’hypothèse à contester et la recommandation à défendre devant le comité de direction.
Cette bascule exige un socle que beaucoup de directions financières n’ont pas encore. La règle 10-20-70 du BCG le résume : 10 % de l’effort pour les algorithmes, 20 % pour la technologie et les données, 70 % pour l’organisation et les compétences5. Pour un DAF, cela signifie redéfinir les rôles de l’équipe, développer le business partnering et fixer des règles de gouvernance propres aux agents : traçabilité des calculs, séparation des tâches, contrôle humain.
La direction financière dispose ici d’un avantage sur les autres fonctions : elle sait déjà ce que sont un contrôle, une piste d’audit, un rapprochement. Ces réflexes sont précisément ceux qu’exige une IA fiable. Le DAF qui les applique à ses propres outils devient l’interlocuteur naturel de la direction générale sur la valeur de l’IA, dans la finance et au-delà.
Et en Afrique francophone ?
Les études disponibles sur l’IA dans la fonction finance portent surtout sur les États-Unis et l’Europe ; aucune donnée chiffrée n’a été publiée à ce jour sur les directions financières d’Afrique francophone ou du Maroc. Le seul repère récent concerne le secteur financier dans son ensemble : les institutions financières prévoient de consacrer 2 % de leurs revenus à l’IA en 2026, selon un chiffre mondial du BCG présenté au Maroc en juillet 20266.
Notre lecture : une direction financière qui pose ses définitions de données avant de déployer des outils évite une large part des écueils observés ailleurs. Le risque est du côté des compétences. Les autorités financières africaines citent particulièrement les déficits de compétences parmi leurs difficultés7 ; si les équipes apprennent seules, comme la majorité des trésoriers interrogés par PwC, chaque direction construira ses pratiques sans standard commun. Une formation structurée reste le levier le plus rapide pour éviter cet écueil.
Ce que cela change pour vous
Fixer pour chaque cas d’usage un indicateur de valeur avant le lancement, et décider à l’avance de l’emploi du temps regagné.
Passer de la production des écarts à leur explication : préparer les scénarios, contester les hypothèses, porter la recommandation.
Commencer par la qualité et l’unicité des données de trésorerie : une prévision augmentée n’apporte rien sur une base incohérente.
Documenter les rapprochements automatisés et conserver la piste d’audit : c’est elle qui rendra l’outil acceptable pour les auditeurs.
Nos recommandations
- Construire un référentiel unique de définitions financières avant de multiplier les outils5.
- Mesurer chaque cas d’usage avant de l’étendre, avec une situation de référence et un objectif chiffré3.
- Consacrer l’essentiel de l’investissement aux compétences et à l’organisation, selon la règle 10-20-705.
- Remplacer l’autoformation dispersée par un parcours commun, assorti de règles de contrôle partagées.
- Encadrer les agents dès le départ : traçabilité des calculs, séparation des tâches, contrôle humain.
Sources
- McKinsey & Company, How finance teams are putting AI to work today, 3 novembre 2025. Consulter
- Accenture, CFO Forward: 2024 Edition, 26 avril 2024. Consulter
- Boston Consulting Group, How to Get ROI from AI in the Finance Function, 2025 (enquête de mars 2025). Consulter
- PwC, 2025 Global Treasury Survey, juin 2025. Consulter
- Boston Consulting Group, The CFO’s AI Agenda: From Automation to Advantage, 12 mai 2026. Consulter
- Boston Consulting Group, Future of Finance 2026: Time to Shift Gears?, 8 juin 2026. Consulter
- Banque mondiale (Boeddu et al.), AI for Financial Sector Supervision: An EMDE Perspective, synthèse VoxEU/CEPR, 18 novembre 2025. Consulter
DAF Dirigeant augmenté
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